Lettre aux Erythréennes et Erythréens de Genève, Coordination asile, Juillet 2019

Aux Erythréennes et Erythréens de Genève

Cher-e-s ami-e-s,

Nous souhaitons par cette lettre vous informer des démarches entreprises par la Coordination asile.ge en faveur des Erythréennes et Erythréens de Genève.

Comme vous le savez, les autorités fédérales ont durci leurs décisions vis-à-vis des Erythréennes et des Erythréens. Il arrive que certain-e-s d’entre vous reçoivent des décisions négatives sur l’asile, sans admission provisoire. D’autres qui avaient l’admission provisoire voient le SEM prendre la décision de la leur retirer. Elles et ils se retrouvent alors tou-te-s à l’aide d’urgence et leur renvoi est en théorie exécutable.

Toutefois, à notre connaissance aucun renvoi forcé n’a jamais été effectué depuis la Suisse vers l’Erythrée, et selon nos informations de tels renvois n’auront pas lieu avant un long moment. Seuls des retours volontaires sont aujourd’hui possibles, avec l’aide de la Croix-Rouge, si tant est que vous soyez certain-e-s qu’un retour en Erythrée ne soit pas dangereux pour votre sécurité.

Nous restons néanmoins convaincus qu’il faut défendre votre besoin de protection, que l’aide d’urgence n’est pas un régime acceptable, et qu’après les années que vous avez vécu en Suisse à vous intégrer parmi nous, cette politique de vous priver de statut n’a aucun sens.

En décembre, une pétition avait été lancée pour demander un droit de rester les Erythréennes et les Erythréens. Le 10 avril 2019, nous avons remis cette pétition au Grand Conseil (le parlement genevois) et au Conseil d’Etat (le gouvernement genevois) lors d’une manifestation à laquelle vous avez probablement participé. Il y avait environ 4’000 signatures et nous étions plus de 200 lors de la manifestation.

Suite au dépôt de cette pétition, le Conseil d’Etat nous a invités à une rencontre. Nous y sommes allés avec trois jeunes érythréen-ne-s débouté-e-s de l’asile et des membres de famille-relai qui ont pu témoigner de la situation devant trois conseillers d’Etat et une dizaine de hauts-fonctionnaires. Plusieurs hauts-fonctionnaires ont reconnu que la situation était « absurde » et le Conseiller d’Etat en charge de l’asile a demandé à ses services de chercher des solutions administratives pour l’accès à la formation et la régularisation.

C’est positif, mais cela ne signifie pas pour autant qu’une solution arrive à coup sûr. Les processus politiques et administratifs sont lents et compliqués. Nous devons continuer nos efforts et, sans réponse du Conseil d’Etat au début de l’automne, nous devrons les relancer.

Une commission du Grand Conseil nous a aussi entendus lors d’une audition. Nous les avons convaincus et la commission a décidé de transmettre la pétition au Conseil d’Etat en lui demandant d’agir en votre faveur. Le Grand Conseil dans son ensemble doit encore voter sur ce sujet, mais il devrait suivre l’avis de la commission. Là aussi, il n’y a pas de solution miracle, mais c’est un signe de plus pour les autorités qu’elles doivent trouver une solution.

Malgré ces signaux positifs, la situation requiert de la patience. Un départ de Suisse ne vous mettrait pas dans une situation plus favorable : dans un autre pays de l’espace Dublin, vous risquez d’être renvoyés vers la Suisse. Beaucoup partent en Belgique, en France, en Allemagne ou plus loin, mais selon nos informations leur vie là-bas est très précaire. Il est déjà arrivé par le passé que les autorités trouvent une solution de régularisation, mais cela demande un long effort de mobilisation. Rester ensemble et mobilisés, c’est notre meilleur chance.

Avec toute notre solidarité et nos salutations les plus cordiales,

La Coordination asile.ge

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