Homélie du 15 février 2026

Homélie du 15 février à la paroisse saint Joseph

Depuis plusieurs années, mon mari et moi animons un « cours » de préparation au mariage. C’est un terme un peu pompeux ou officiel pour parler d’un moment obligatoire pour les fiancés de se poser ensemble et de faire le point, bien vérifier que leur couple est construit sur du roc avant de se lancer dans l’aventure du mariage. Nous abordons plusieurs thèmes et leur distribuons parfois un questionnaire qu’ils doivent ensuite traiter ensemble.

A nos yeux, l’un des plus importants porte sur l’héritage familial. Nous sommes uniques mais nous sommes aussi le produit d’une histoire, de générations qui nous ont précédés et nous ont transmis des habitudes, des rites, des angoisses parfois, des certitudes aussi. L’idée de ce travail est de prendre conscience de cet héritage, puis de faire un inventaire, qu’est-ce que je garde, qu’est-ce que je laisse, afin ensuite et ensemble de décider d’un socle commun. 

Qu’est-ce qui est le plus important pour moi, comme individu, pour nous comme couple?

Qu’est-ce qui est l’essentiel ?

Cette question rejoint le premier texte que nous avons lu, celui de Ben Sirah le sage, lorsqu’il nous dit : Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle.

Qu’est-ce que je garde, qu’est-ce que je laisse ? Qu’est-ce que je veux plus tard transmettre ?

Qu’est-ce qui représente pour moi l’essentiel ?

Les textes lus aujourd’hui nous questionnent sur ce sujet. La transmission… Jésus n’est pas venu pour abolir la loi, c’est-à-dire faire table rase du passé pour construire du nouveau mais accomplir, c’est-à-dire transformer la loi en quelque chose d’encore plus personnelle. 

Et finalement de faire nôtre ce que dit le psaume : 

Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur.

Régulièrement, je me rends avec mes autres collègues aumôniers au CFA du Grand Saconnex qui s’est ouvert en juin dernier. La grande majorité des requérants actuellement sont de confession musulmane. En tant qu’aumôniers, nous sommes parfois les premières personnes chrétiennes qu’ils rencontrent « vraiment » et à qui ils peuvent poser des questions. Cela donne des discussions intéressantes, parfois assez délicates car ils sont souvent très pointus dans leurs références. Dans ces moments, selon moi il ne s’agit pas de convaincre l’autre mais de partager, de mieux se connaître.

Les questions sur la Trinité et Jésus, fils de Dieu et Dieu lui-même les troublent profondément (comment est-ce possible ?). Et souvent ils demandent, Mais vous, que croyez-vous vraiment ? Dans cette question, je comprends la formule suivante : pour vous, quel est l’essentiel ?

Il s’agit alors de parler avec ses tripes car souvent on ne se situe pas sur le même plan.

Ainsi alors que nous discutions de nouveau de Jésus, fils de Dieu et fils de Marie, l’un d’eux me demanda : Qu’est-ce qu’a dit Jésus que n’a pas dit Dieu ?

Qu’auriez-vous répondu à ma place ? Là, tout de suite, sans réfléchir ?

Je ne sais pas si ma réponse est correcte mais je lui ai répondu : pardonner ses ennemies. Peut-être aurais-je dû dire aimer ses ennemies, c’est bien le plus grand commandement, aimes-vous les uns les autres qui que vous soyez… sans oublier de vous aimer vous-mêmes.

Mais voilà, j’ai dit : pardonner ses ennemies. Il est resté perplexe. 

Finalement, ce que je voulais lui transmettre à ce moment-là, ce n’étaient pas des dogmes mais ce langage de la relation. Evoquer comment nous sommes poussés par Dieu à nous dépasser jusqu’à être capable, comme lui, d’aimer ses ennemies jusqu’à leur pardonner. A ce moment-là, c’était mon essentiel.

C‘est aussi ce que j’ai répondu à une jeune requérante qui fuyait un pays d’Afrique à cause de son homosexualité. Elle fuyait sa famille, son Eglise catholique. Elle venait en Suisse demander la protection. Elle avait honte d’elle-même, honte même d’aller à la messe et de communier alors que la foi est très importante pour elle. 

Je lui ai transmis mon essentiel : Dieu t’aime et tu dois être consciente de la valeur de cette relation et de ta propre valeur.

Ainsi, j’espère répondre à ce que Jésus nous demande : Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

Mercredi dernier, je me suis rendue au CFA de l’aéroport pour dire au-revoir à une jeune femme colombienne. Engagée dans une ONG environnementale, elle était venue demander la protection de la Suisse après avoir reçu de nombreuses menaces de mort notamment téléphoniques. Mais la Colombie étant considérée comme un pays sûr, ces motifs n’ont pas été jugés suffisants pour avoir l’asile et sa demande a été rejetée. Elle repartait donc en Colombie.

La première fois que je l’ai rencontrée, elle mettait beaucoup de distance avec la foi. Sa mère, très croyante, était décédée d’un cancer durant l’année précédente et elle en voulait beaucoup à Dieu. Elle est restée un peu plus de 6 semaines à l’Aéroport et pendant cette période, elle est peu à peu revenue à une relation très forte avec Dieu, comprenant que loin de l’avoir abandonné, Il était là, toujours présent à ses côtés. 

Alors au moment de nous quitter, j’ai enlevé la Croix que je portais et je la lui ai attachée autour du cou.

Je lui transmettais là mon essentiel.

Le carême commence mercredi prochain. C’est un moment propice à la réflexion sur nous-même, notre relation à Dieu et aux Autres. Profitons alors de ce temps pour réfléchir chacun à ce qui est essentiel dans notre vie de foi et à ce que nous voulons vraiment transmettre autour de nous.  

Bon carême.

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